
Note: Les photos
qui accompagnent cette présentation ne se trouvent
pas dans l'édition papier.
Le 16 janvier 1822, naît à Paris, au Palais-Royal,
Henri-Eugène-Philippe-Louis d'Orléans, titré duc d'Aumale.
Il est le neuvième enfant et le cinquième fils de Louis-Philippe,
duc d'Orléans, qui deviendra Roi des Français en 1830 et de
Marie-Amélie de Bourbon-Siciles, princesse de Salerne, nièce
de la reine Marie-Antoinette.
En 1830, à la mort du dernier Condé, il hérite
le domaine de Chantilly.
Pour l'éducation du duc d'Aumale,
le choix du roi s'était arrêté sur un jeune professeur,
M. Alfred Cuvillier-Fleury, pour lequel le prince eût toute sa vie
une grande affection. (M. Cuvillier-Fleury, fut secrétaire
du duc pendant sa vie militaire et son ami tout au long de sa vie.
Plus tard, M. Cuvillier-Fleury étant devenu aveugle, le duc
allait le voir et lui lisait des fragments de ses oeuvres.)

Les études du jeune duc se poursuivent à Paris au collège
Henri IV et plus tard à Sorbonne. Son esprit est surtout attiré par
les lettres anciennes, grecques et latines, ensuite par l'histoire. A la
fin des études le duc se consacre à la carrière
militaire. Couronné au concours général le 20 août
1839, le lendemain il rejoint le 4e régiment d'infanterie légère,
dans lequel il était incorporé.
Capitaine à 17 ans, colonel à 19
ans, général à 21 ans, il se distingue à la prise
de la smalah d'Abd-el-Kader, le 16 mai 1843.
Le 25 novembre 1844, il épouse Caroline-Auguste
de Bourbon princesse de Deux-Siciles (née le 26 avril 1822), fille du prince de Salerne
et de l'archiduchesse Marie-Clémentine.
La famille fête le 25 novembre 1845 la naissance, à Saint-Cloud,
de Louis d'Orléans, prince de Condé.
En septembre 1847 il devient gouverneur de l'Algérie et le 23 décembre 1847, Abd-el-Kader fait sa soumission au duc d'Aumale.
En 1848, la révolution oblige le duc d'Aumale à s'exiler en
Angleterre. Son éloignement durera 23 ans.

Il habite à Twickenham, dans "l'Orléans House", qu'il
avait acheté en 1855.
Pendant son exil, le duc d’Aumale
va bénéficier de l’institution de trust (inventée
au temps des croisades, cette notion est toujours en vigueur en Grande-Bretagne)
qui lui permet de garder la propriété du domaine de Chantilly
en dépit du décret du 25 janvier 1852, relatif à la
restitution à l'État des biens de la famille d'Orléans.
Le domaine de Chantilly paraît être vendu à deux Anglais:
Edward Marjoribanks et Edmund Antrobus, gérants associés à la
banque Coutts & Co. , la banque du duc d’Aumale.
Pendant les années d’exil du duc d’Aumale, ces deux banquiers
vont venir régulièrement à Chantilly, pour gérer
le domaine, organiser des festivités et réceptions. Le duc
reçoit
les revenus qui vont être employés dans l’intérêt
du domaine de Chantilly, pour la reconstruction ( coût énorme,
comparable à celui
de l’Opéra Garnier) et l’acquisition des collections.
Au lendemain de la chute du Second Empire, le duc d’Aumale retrouve
sa propriété sans difficulté. Les propriétaires
apparents s’effacent et disparaissent. Il est possible que les représentants
de Napoléon III aient compris cette construction juridique, mais ils
ne pouvaient pas intervenir dans un mécanisme qui avait sa source
et ses moyens d’exécution en Angleterre. En plus, l’éloignement
du duc d’Aumale convenait à ceux qui redoutaient son prestige
personnel.
La couronne de la Grèce est offerte au duc d'Aumale, mais l'obligation
de consentir que son héritier devienne grec, non seulement de nationalité mais
aussi de religion, le fait refuser cette honneur.
Le
duc se dédie à l'écriture de "l'Histoire
des princes de Condé", soutenu par sa femme qui copie de sa main les deux premières
volumes.
C'est en Angleterre, qu'un deuxième enfant, François d'Orléans
duc de Guise naît, le 5 janvier 1855.
L'année 1866 est terriblement douloureuse pour la famille.
En février, son fils aîné, le prince de Condé embarque
pour un voyage autour du monde, avant le mariage prévu avec sa cousine
Margueritte, fille du duc de Nemours. Le 24 mai, le duc reçoit une
dépêche
annonçant
la mort du prince de Condé à Sydney, en Australie, suite d'une
fièvre typhoïde. Deux mois avant, le 24 mars, c'était
la mort de sa mère, la reine Marie-Amélie. Le coup est trop
lourd pour la duchesse d'Aumale qui s'éteint trois ans après,
le 6 décembre
1869.

En 1870 la guerre avec la Prusse éclate et le duc d'Aumale et
ses frères, le prince de Joinville et le duc de Chartres viennent à Paris
et demandent de servir dans les rangs de l'armée française. Après
un refus formel, ils se voient forcés, sur l'ordre du gouvernement
de quitter la France. Ils refusent cependant d'en sortir sans passeports
officiels, et ne partent qu'en possession de ces documents.
En 1871 le duc d'Aumale est élu député de l'Oise et accompagné par
son frère le prince de Joinville rentre en France à Bordeaux où l'Assemblée
nationale devait se réunir. Pendant la Commune, ils sont à Dreux
et la famille du duc rentre en France, le 6 juillet 1871, après l'abrogation
des lois d'exil.

Le
28 octobre 1871 ils arrivent au château de Chantilly assez dénué de
tout ce qui est nécessaire à l'habitation. Le château
ne fut remeublé que l'hiver suivant, lorsque le duc fit venir d'Angleterre
les meubles et la bibliothèque qui, en partie, s'y trouvent encore
aujourd'hui.
Le 30 décembre le duc est élu à l'Académie
française
en remplacement du comte Charles de Montalembert et il va être reçu
le 3 avril 1873, par son ancien précepteur
Cuvillier-Fleury.
Un coup terrible frappe de nouveau
le duc, le 25 juillet 1872, quand son deuxième fils, le duc de Guise meurt à Paris
suite à une fièvre.
Le mois de mars 1872, le gouvernement lui avait rendu son épée
et en octobre 1873 il présida le conseil de guerre qui jugea le maréchal
Bazain, responsable de la capitulation de Metz en 1870. A un moment, le maréchal
rappela au duc d'Aumale la situation désastreuse au moment de sa défaite: "Il
n'y avait plus de gouvernement, il n'y avait plus la loi, il n'y avait plus
rien!"
Le Duc répondit: "Il y avait encore la France!"
Ensuite, le 12 décembre, il reçoit le commandement du
7ème corps d'armée. Il exerce pendant six ans le commandement
et en 1879 il est nommé inspecteur général des corps
d'armée.
Cette inspection au cours de laquelle il parcourut une partie du nord et
tout le midi, fut son dernier acte militaire dans le service active. A partir
de 1876 il commence la reconstruction du château de Chantilly. En
1883 le duc et d'autres princes de sa famille qui appartenaient à l'armée
furent mis en non activité par retrait d'emploi. Rentré si
brusquement dans la vie civile, le duc d'Aumale retiré à Chantilly
reprend ses activités littéraires et accompagné de ses
invités,
chasse dans la forêt du domaine. Le 3 juin 1884 il écrit
son testament par lequel, il lègue le domaine de Chantilly à l'Institut
de France. Lorsque la Chambre des députés et le Sénat
votent l'expulsion "des chefs des familles ayant régné sur
la France" et les princes ayant servi dans les armées de terre
et de mer sont rayés des cadres, le duc d'Aumale ne contient pas sa
douleur.

Le 15 juillet 1886 il part pour son deuxième exil et transforme
son testament en donation par l'acte de 26 octobre
1886. Il partage
son temps entre l'Angleterre, la Belgique et la Sicile et termine le cinquième
volume de "l'Histoire de princes de Condé". Le 9 mars
1889 il revient à Paris après
la signature du décret qui l'autorise de rentrer en France.
Chantilly le reçoit avec joie, la population vient lui souhaiter la bienvenue.
Une souscription publique est ouverte et la population de Chantilly lui offre
une belle médaille qui se retrouve, aujourd'hui dans les vitrines
du musée.

Le
duc retrouve le goût de la vie, il entreprend de travaux d'embellissement
du château qu'il a donné à la France. Il restaure
avec plaisir la maison de Sylvie, en rajoutant un salon aux magnifiques boiseries.
Il fait graver à l'extérieur de la maison les verses du poète
Théophile de Viau. Dans la château il retrouve les livres
dont il ne cesse d'augmenter le nombre. Il reçoit ses invités à Chantilly
ou en Italie, à son domaine de Zucco. C'est à Zucco
qu'il s'éteint, la nuit de 6 vers 7 mai 1897, à deux heures du
matin. Le 17 mai eut lieu, à l'église
de la Madeleine de Paris, le service des obsèques du duc d'Aumale, et
les troupes saluèrent le cercueil en un dernier hommage. Le
duc d'Aumale repose à Dreux dans le mausolée royal à côté des
siens, la duchesse sa femme et ses deux fils.

La
ville de Chantilly, à l'initiative du maire Omer Vallon, ouvre une souscription
publique pour ériger une statue en hommage au duc d'Aumale. 75 000 F (228
673E) sont collectés, et la statue est inauguré le 15
octobre 1899.
Oeuvre du sculpteur J.-L. Gérome, la statue représente le duc d'Aumale,
en uniforme militaire, en un geste de salut vers la ville qu'il a tant aimé.
Ses faits d'armes célèbres (la prise de la smalah d'Abd-el-Kader
et la reddition de celui-ci) sont représentés sur le socle.
Le respect qui a entouré le duc d'Aumale, se retrouve dans les
honneurs qui lui ont été accordés: il a été élu à l'Académie
française (30 décembre 1871), à l'Académie de
Sciences morales et politiques (30 mars 1889), à l'Académie
de Beaux-Arts (14 février 1880), nommé directeur de l'académie
de Besançon, élu à l'Académie
royale de Bruxelles, nommé docteur honoraire de l'Université d'Oxford.
Il était Grand-Croix de la Légion d'honneur depuis 1842.
Mais
rappelons aussi sa bonté, ses gestes de bienveillance: il agrandit "la
Charité", en rajoutant des salles pour les malades, une crèche,
une salle de classe, un asile pour l'enfance; par son testament, a fait au
Conseil général d'Oise un don pour venir en aide aux prêtres âgés
de la diocèse de Beauvais.